Make Steven Real est une oeuvre qui articule les notions de dématérialisation et de matérialisation, de valeur et de transport, de partage et d’affirmation.

 

Le point de départ est constitué par une page Facebook où l’artiste, Steven Guermeur, poste des projets spécialement réalisés pour ce medium. En ce sens, Facebook est utilisé comme un outil d’autopromotion. Le succès d’un post se voit immédiatement quantifié par le nombre de « likes » ou de partages. Facebook étant par nature viral, la notion de popularité devient spécifique au medium. Le choix du medium reflète la nécessité contemporaine de se promotionner « en direct » pour les acteurs culturels comme pour nombre de particuliers. Un moment où la notion de vie privée s’efface devant la nécessité d’exister.

Le revers positif de cette promotion est la notion de collaboration horizontale, où chacun a l’occasion de faire un apport éditorial à la page. La conversation se fait « en public » et le process s’inscrit naturellement dans l’œuvre.

 

Les projets et images postés par Steven Guermeur prennent ces principes semble-t-il littéralement. Un alter ego digital de l’artiste réclame l’attention, la diffusion. Dans nombre de post, il tente de « sortir » du cadre de la page, comme s’il cherchait à apostropher directement le regardeur, comme s’il était confiné dans l’espace digital.

Cependant, puisqu’il s’agit d’un projet spécifique au medium, c’est pourtant bien même à l’intérieur de la page que l’œuvre advient.

 

Steven Guermeur a travaillé en tant que curateur, assistant de galerie, directeur d’artist run space à Sofia. Depuis 3 ans, il développe une œuvre qui interroge la place de l’artiste dans le système de l’art contemporain.

La spécificité du medium Facebook pose la question des conséquences matérielles d’un succès ou d’une popularité. L’entreprise elle-même monnaie cette influence digitale par la publicité. Steven Guermeur joue à la fois sur le medium en tant que tel, mais aussi sur les conséquences de la dissémination. Il propose ainsi un certain nombre d’œuvres à réaliser « chez soi », gratuitement. La réalisation de l’œuvre est déléguée sur plan,  seuls les matériaux et le travail sont à la charge du « fan ».

 

Il y a là une matérialisation qui correspond aussi au système classique de l’art contemporain, où la diffusion (en musée, en galerie) se fait habituellement sans que l’artiste ne touche d’argent. Le projet dévoile la volonté d’une omniprésence de l’œuvre qui est à la fois un désir pour tout artiste et une nécessité. La page Facebook a alors tout à la fois le rôle d’un outil et d’un révélateur.

 

Steven Guermeur développe une œuvre qui interroge la place de l’artiste dans le système de l’art contemporain et son système de production, de monstration et de valorisation. Ses pièces se rapportent avec constance à l’histoire du medium mais sont autant de dispositifs de commentaire sur la situation générale de l’art contemporain.

Corentin Hamel